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Les biais cognitifs en parapente : quand le cerveau décide à notre place

Biais de confirmation, effet de groupe, excès de confiance. Ces raccourcis du cerveau pèsent sur nos décisions de vol. Les reconnaître aide à mieux décider.

Joseph · 7 min de lecture
Suite réservée aux élèves
Les biais cognitifs en parapente : quand le cerveau décide à notre place

Un pilote ne décide jamais tout à fait seul. Son cerveau trie les informations, comble ce qui manque et va vite, souvent sans qu'il s'en rende compte. Ces raccourcis s'appellent des biais cognitifs. Ils nous rendent service tous les jours. Mais au décollage, ils peuvent pousser à voler alors que tout disait de rester au sol. Les connaître ne suffit pas à les faire disparaître. Un pilote qui sait les reconnaître se fait pourtant piéger beaucoup moins souvent.

Pourquoi notre cerveau prend des raccourcis

Le cerveau reçoit bien plus d'informations qu'il ne peut en traiter. Pour décider vite, il s'appuie sur des règles simples qui marchent la plupart du temps. Le problème vient des situations où elles se trompent, et le parapente en fait partie. On y décide sous la pression du temps et souvent fatigué. On est en groupe, on a très envie de voler et les conditions changent.

Les chercheurs ont recensé plus de 180 biais. Le schéma ci-dessous, appelé le codex des biais cognitifs, les range en quatre familles selon le problème que le cerveau essaie de résoudre.

Le codex des biais cognitifs : plus de 180 biais rangés en quatre familles autour d'un cerveau
Le codex des biais cognitifs. Source : Wikimedia Commons, John Manoogian III (jm3) d'après Buster Benson, adaptation française Frédérique Koulikoff, CC BY-SA 4.0

Les quatre familles de biais

FamilleCe que fait le cerveauCe que cela donne en parapente
Trop d'informationIl ne peut pas tout voir, alors il filtreOn retient la prévision qui arrange et on oublie les autres
Pas assez de sensIl manque des éléments, alors il comble les trousOn prend une rafale isolée pour une tendance, ou l'inverse
Le besoin d'agir viteIl faut décider sans tout savoirOn décolle pour ne pas « perdre » la montée à pied
Que retenir ?La mémoire garde l'essentiel et déforme le resteOn se souvient du beau vol, beaucoup moins des moments limites

Un bon exercice consiste à chercher dans ce schéma dix biais qui influencent vos propres décisions de pilote. Voici ceux que l'on rencontre le plus souvent sur les sites de vol.

Le biais de confirmation

On cherche ce qui confirme ce que l'on pense déjà. Vous avez envie de voler, alors vous ouvrez trois sites de prévision et vous retenez celui qui annonce le moins de vent. La balise qui donne des rafales « doit être mal placée ». Le pilote qui renonce « est trop prudent ». Le remède consiste à chercher volontairement ce qui pourrait vous faire changer d'avis. Posez-vous la question à l'envers. Qu'est-ce qui me ferait renoncer aujourd'hui ?

Les coûts irrécupérables

Une heure de marche, un long trajet en voiture, une journée de congé posée exprès. Plus on a investi pour arriver au décollage, plus il est difficile de redescendre à pied. Pourtant la montée est faite, et elle ne change rien aux conditions du moment. Une question aide à trancher. Si j'arrivais ici à l'instant, sans effort, est-ce que je décollerais ?

L'effet de groupe

Quand plusieurs pilotes attendent au décollage, chacun regarde les autres. Personne ne veut partir le premier, puis quelqu'un se lance et tout le monde suit. Chacun pense que les autres ont une bonne raison de décoller. Parfois personne n'en a. À l'inverse, tout un groupe peut aussi rester au sol par simple imitation. Votre décision doit rester la vôtre, avec vos propres critères et votre niveau. Un pilote expérimenté qui décolle ne dit rien des conditions pour un pilote qui sort de stage.

L'excès de confiance et l'illusion de contrôle

Après quelques beaux vols, on se sent capable de gérer davantage. C'est souvent à ce moment-là que l'on sous-estime une condition. L'illusion de contrôle va dans le même sens. On croit savoir gérer une turbulence ou une fermeture parce qu'on l'a vue en vidéo ou travaillée en stage de pilotage. En vrai, tout va plus vite et c'est plus confus. Les accidents ne concernent d'ailleurs pas que les débutants, beaucoup arrivent à des pilotes qui ont déjà plusieurs années de vol.

Le biais d'optimisme

« Ça va passer. » « Le cumulus va se calmer. » « J'ai encore le temps avant l'orage. » Nous pensons volontiers que les mauvaises choses arrivent surtout aux autres. En vol, cet optimisme retarde les décisions difficiles, comme partir plus tôt vers l'atterrissage ou renoncer à une transition.

L'orage est le piège typique de cet optimisme. Pour le voir venir à temps, lisez Orages et cumulonimbus.

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Au programme de la suite :

  • Le biais de résultat
  • L'heuristique de disponibilité
  • L'habitude qui endort
  • La compensation du risque
  • Le présent qui pèse plus lourd
  • Comment s'en protéger

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