Les brevets FFVL : initial, pilote, confirmé, à quoi servent-ils ?
Brevet initial, brevet de pilote, pilote confirmé : ce que chaque étape de la progression permet, ce qu'il faut réussir pour l'obtenir et où il mène.
Attention, engagement, droit à l'erreur, répétition : pourquoi un bon stage de parapente repose sur ce que les sciences cognitives savent de l'apprentissage.

Apprendre à piloter un parapente a quelque chose de paradoxal. D'un côté, on a l'impression que « ça ne s'apprend pas » : il y a le vent, l'air, la voile qui bouge, la peur du vide. De l'autre, des milliers de pilotes y arrivent chaque année, en quelques jours de stage pour les premiers vols, quelques mois pour l'autonomie. Qu'est-ce qui fait la différence entre un stage où l'on progresse vite et un autre où l'on tourne en rond ? Les chercheurs en sciences cognitives et en neurosciences ont identifié quatre ingrédients indispensables à tout apprentissage. Les connaître, c'est mieux apprendre, et mieux choisir son école.
Impossible d'apprendre ce que l'on n'a pas remarqué. Dans le flot continu d'informations qui nous entourent, l'attention est le filtre qui sélectionne ce qui sera traité par le cerveau. Or, en parapente, ce flot est colossal : le vent, les autres pilotes, le relief, les sensations dans la sellette, les commandes dans les mains, le bruit de la radio. Au début, tout arrive en même temps, et on ne sait pas ce qui compte.
C'est pourquoi un bon moniteur travaille d'abord à orienter votre attention vers l'essentiel. Il place le groupe pour que personne ne soit distrait par une voile qui approche. Il limite les consignes : pour un passager en biplace, par exemple, deux messages suffisent (« reste debout », « regarde le point que je t'indique »), car dix consignes n'en font passer aucune. Il rend ses apports théoriques vivants, parce qu'une attention qui s'endort ne retient rien. Et il explique l'intention du geste : quand on comprend pourquoi on regarde l'horizon plutôt que ses pieds à l'atterrissage, on y fait attention.
Une nuance importante : chacun perçoit son environnement à travers son vécu. Deux élèves devant la même pente ne voient pas les mêmes choses. Un bon formateur part donc de ce que vous percevez, en vous demandant ce qui vous semble important, plutôt que de vous imposer sa propre perception.
On n'apprend pas en regardant, on apprend en faisant. L'engagement actif, c'est le fait de s'impliquer, de se projeter dans une tâche et d'y mettre du sens. Un apprenant passif progresse beaucoup moins vite et beaucoup moins durablement qu'un apprenant qui cherche, expérimente, se pose des questions. C'est vrai pour un enfant qui découvre le monde, et c'est tout aussi vrai pour un adulte qui découvre l'air.
En parapente, l'engagement actif passe d'abord par la pratique elle-même : gonfler, courir, voler, atterrir. Mais il ne se limite pas à cela. Il concerne toutes les tâches de l'activité, du gonflage au cours de météo, du pliage du parachute de secours à la préparation du vol. À chaque moment, le moniteur se demande : comment je rends mon élève acteur ? Il lui fait fixer des objectifs clairs et atteignables avec lui, il l'aide à se construire une image mentale du geste avant de l'exécuter, il l'encourage à poser des questions et à prendre la parole.
Ce que vous pouvez faire de votre côté est d’arriver avec des questions, de dire ce que vous voulez améliorer, de demander le pourquoi des consignes. Un stagiaire qui s'implique apprend deux fois plus vite.
Se tromper n'est pas un échec, c’est le mode normal de fonctionnement du cerveau. Il apprend en comparant ce qu'il a fait à ce qu'il voulait faire, et en corrigeant l'écart. Tant que l'on fait des erreurs et qu'on les analyse, on apprend. Le problème en vol libre c'est que l'erreur peut avoir des conséquences physiques. Il faut donc l'autoriser, voire la provoquer, mais dans un cadre où la sécurité est assurée : un exercice qui peut mal tourner se fait dans un environnement adapté, sous la surveillance d'un moniteur, et jamais en situation réelle de danger.
C'est tout l'intérêt du débriefing. Après un vol ou un exercice, un bon moniteur ne dit pas simplement « c'était bien » ou « c'était raté » : il vous questionne. Qu'avez-vous senti ? Où regardiez-vous ? À quel moment avez-vous tiré sur la commande ? Il vous aide à remonter jusqu'à l'origine précise de l'erreur : un regard mal placé qui donne une finale trop courte, une action trop brusque en virage qui déclenche un mouvement de balancier. C'est ainsi que l'erreur devient une ressource plutôt qu'un souvenir désagréable. Le débriefing vidéo, que certains stages proposent, est un excellent outil pour cela.
Apprendre un geste ne suffit pas, il faut l'ancrer. La consolidation, c'est la répétition : refaire, rappeler, réinvestir régulièrement ce qui a été appris, en variant les situations. Plus le geste est complexe, plus il faut le répéter. En pilotage, l'attention est saturée par de nombreux paramètres, et seule la répétition permet au cerveau de retenir les plus importants et de savoir où se concentrer.
Cette répétition doit se faire le jour même de l'apprentissage, mais aussi dans la durée. La courbe de l'oubli, étudiée depuis plus d'un siècle, montre que ce qui n'est pas revu s'efface vite. Réussir une fois les oreilles ne veut pas dire les maîtriser : il faut pouvoir les faire facilement, rapidement, en toutes conditions. De même, réaliser des mouvements de tangage guidés par le moniteur ne prouve pas que l'on gère seul le balancier de la voile.
D'où l'intérêt de stages réguliers, rapprochés, plutôt que d'un seul gros bloc suivi de plusieurs mois sans voler. D'où aussi l'intérêt du suivi à l'année pour qui veut vraiment progresser. Chez Ressources Parapente, nos stages d'initiation puis de perfectionnement s'enchaînent dans cet esprit : on consolide, puis on avance.
Quand vous choisissez un stage, vous pouvez vous poser quelques questions. Le groupe est-il assez petit pour que l'attention du moniteur soit réellement disponible ? Les consignes sont-elles claires, peu nombreuses, expliquées ? Vous laisse-t-on essayer, ou fait-on tout à votre place ? Y a-t-il un vrai débriefing après les vols ? Et le programme prévoit-il de revenir sur les mêmes gestes, plutôt que d'enchaîner les nouveautés ? À Orcières, nos groupes sont limités à six stagiaires, nos stages comprennent briefing, débriefing et progression adaptée, pour cette raison précise. Découvrez nos stages de parapente.
Pour comprendre ce que votre moniteur évalue pendant la progression, lisez Les brevets FFVL.
Cet article s'appuie sur les supports de formation DEJEPS consacrés à la pédagogie et aux sciences cognitives de l'apprentissage, inspirés notamment des travaux de Stanislas Dehaene.
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