Révision d'un parapente : ce que contrôle l'atelier
Inspection visuelle, test de rupture des suspentes, porosité, résistance à la déchirure, calage : le déroulé d'une révision et comment lire le rapport.
Comment sont faites les suspentes, pourquoi elles raccourcissent en vieillissant et ce que cela change pour le calage de votre voile.

On regarde la voile et la sellette. On compare les finesses, les plages de poids et les couleurs. Les suspentes, elles, passent presque inaperçues. Ce ne sont que quelques fils fins entre vous et l'aile. C'est pourtant là que se joue, avec le temps, une bonne partie du comportement de votre voile. Les réviseurs le savent bien. Certaines voiles reviennent à l'atelier avec des suspentes qui ont changé de longueur de plusieurs centimètres, sans que le pilote ait remarqué grand-chose.
Cet article explique pourquoi. Il s'appuie sur les observations du réviseur Nicolas Brenneur, qui a publié une étude détaillée sur les suspentages non gainés. Nous vous recommandons de lire son texte directement, car il est riche en mesures.
Parmi les cas décrits par ce réviseur, certains donnent à réfléchir. Une voile de classe C a été examinée après un accident grave, avec seulement 70 heures de vol. Le pilote avait subi un décrochage intempestif et n'avait jamais pu remettre sa voile en vol normal, malgré une grande hauteur disponible. Les mesures ont révélé un calage décalé de plus de 60 millimètres. Le pilote d'une autre voile la trouvait simplement « un peu lente ». Là aussi, le décalage dépassait 60 mm. Une voile à sa troisième saison est partie en décrochage avec rotation au premier ralentissement. Le pilote a dû poser sous secours après 700 mètres de descente. Une autre encore a eu besoin de plusieurs recalages successifs. Trois semaines après le dernier, certaines suspentes arrière avaient de nouveau perdu 40 mm et cassaient à seulement 15 kilos.
La plupart de ces voiles avaient en commun des suspentes non gainées dans les étages hauts, et un suspentage qui avait évolué en silence. Le but de l'auteur n'est pas de montrer du doigt une marque ou un modèle, mais de relever un vrai sujet de sécurité.
Une suspente gainée est faite d'une âme, la partie qui travaille, entourée d'une gaine tressée qui la protège des agressions. Une suspente non gainée est une tresse creuse faite de plusieurs fuseaux, eux-mêmes constitués de fibres. Le tout est imprégné d'une enduction de polyuréthane qui fixe les fibres, les colore et les protège. Cette construction est plus fine et donc moins traînante. Mais ses fibres sont directement exposées au sol, aux cailloux et aux branches.
Deux matériaux dominent le marché. L'aramide est connu sous des noms comme Kevlar, Nomex, Technora ou Twaron. Il est léger et solide en traction, il résiste aux chocs, à l'abrasion et à la chaleur, et il ne fond pas. En revanche il supporte mal la compression, il est très difficile à couper, il absorbe beaucoup l'humidité et il craint les UV. Le Dyneema est un polyéthylène à haut module d'élasticité. Il est très résistant à la traction et peu élastique. L'eau, les UV et la plupart des produits chimiques ne l'abîment pas. Mais il fond vers 130 à 150 degrés. Et surtout il a tendance à fluer, c'est-à-dire à raccourcir en vieillissant.
| Aramide (Kevlar, Technora, Twaron) | Dyneema (polyéthylène) | |
|---|---|---|
| Tenue à la chaleur | Excellente, ne fond pas | Fond vers 130 à 150 degrés |
| Raccourcissement avec l'âge | Stable | Il flue : il raccourcit |
| Humidité et UV | Reprend l'humidité, craint les UV | Insensible à l'eau et aux UV |
| Compression et pliages | Les supporte mal | Les supporte bien |


D'autres matières interviennent aussi. Le polyester sert pour les gaines, car il résiste bien à l'abrasion et coûte peu. Le polyamide (le nylon) est réservé aux suspentes des parachutes de secours, car son élasticité absorbe le choc de l'ouverture. Quant au Vectran, il est encore trop récent dans le parapente pour que l'on connaisse bien son vieillissement.
Les réviseurs font tous le même constat. Toutes les suspentes raccourcissent en vieillissant, gainées ou non et quel que soit leur matériau. Mais pas pour la même raison ni dans les mêmes proportions. Quatre phénomènes sont à l'œuvre.
Le premier est le gonflement des tresses. Quand une suspente est tordue ou se charge de poussière, son diamètre augmente un peu et sa longueur diminue par réaction mécanique. C'est un phénomène très lent qui concerne toutes les suspentes. Le deuxième est la rétractation du matériau. Le Dyneema raccourcit d'environ 0,5 à 1 % en vieillissant. Cela peut représenter près de 7 centimètres sur la hauteur totale d'un suspentage, alors que l'aramide reste stable. Le troisième est le peluchage, c'est-à-dire l'abrasion des fibres qui composent les fuseaux. Il compte peu sur des suspentes gainées. Sur les non gainées il pèse lourd, surtout sur des sols agressifs ou après des atterrissages dans les arbres ou dans une végétation accrocheuse. Le quatrième est l'accrochage d'un fuseau, qui n'existe que sur les suspentes non gainées. C'est plus un incident qu'un vieillissement. Il peut pourtant raccourcir une suspente de 15 à 25 millimètres et lui faire perdre beaucoup de résistance. L'auteur ajoute que plus les suspentes sont fines, plus elles se rétractent.
C'est pour cela que le calage se contrôle régulièrement lors d'une révision en atelier.
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